La grotte de Font-de-Gaume
Lascaux 2, c’est du toc, diront les puristes. Alors, si on veut voir de l’authentique, il faut visiter la grotte de Font-de-Gaume. D’ailleurs, on n’a guère le choix vu que c’est la seule grotte peinte encore ouverte au public.
L’atmosphère de cette grotte est très différente. Les peintures sont belles mais moins spectaculaires, du moins pour l’homo sapiens touristicus lambda. Beaucoup d’entre elles seraient difficiles à reconnaître sans les explications éclairantes des guides. Certaines ont un aspect délavé et il faut fournir un réel effort d’imagination pour y reconnaître tel ou tel animal. Certaines enfin ont été défigurées par les graffiti de visiteurs indélicats et iconoclastes du XIX ème siècle. La grotte, en effet, était déjà connue à cette époque, mais on n’en avait pas encore reconnu la valeur.
On ressent toutefois une grande émotion en se disant qu’on met ses pas dans les pas de nos ancêtres du Magdalénien qui ont fréquenté ces lieux il y a 15.000 ans. Le style des peintures est différent de celui de Lascaux et on y trouve des signes symboliques différents, comme les fameux " tectiformes " Normal, car ici 2000 ans s’étaient écoulés depuis Lascaux. Et pourtant, c’était toujours des animaux, rien d’autre que des animaux : des bisons, des chevaux, et (grande originalité) des rennes. Malgré quelques différences de style, rien n’avait apparemment changé dans la culture et les croyances.
Deux mille ans, c’est la durée de notre civilisation. Il s’en est passé des choses depuis l’an 1 de l’ère chrétienne jusqu’à maintenant !
Or il semble qu’aux temps de la préhistoire le temps s’écoulait différemment. Il s’écoulait bien plus lentement et d’autant plus lentement qu’on remonte loin dans le passé. Les notions d’histoire et de progrès devaient être totalement étrangères à nos ancêtres du Magdalénien. Pendant la durée de sa vie, relativement courte, un homme ne pouvait certainement pas assister à la moindre évolution des techniques, des modes de vie. Ces évolutions, que les préhistoriens observent avec un grand recul, étaient invisibles même à l’échelle de nombreuses générations. On n’est pas passé du jour au lendemain du nomadisme à la sédentarisation, ni de la pierre taillée à la pierre polie. Il y a eu un très lent glissement d’un mode de vie à l’autre. L’homme de Lascaux ou de Font-de-Gaume vivait exactement comme vivaient ses parents et comme vivraient ses enfants. Le monde avait toujours été comme il est et il serait toujours ainsi. On vivait alors dans une sorte d’éternel présent.
La vie n’était peut-être pas aussi dure qu’on se l’imagine généralement. Les hommes du Magdalénien avaient certainement résolu le problème de leur survie et jouissaient d’un certain confort, du moins les plus malins ou les plus chanceux d’entre eux. La fabrication des outils, des vêtements, la chasse, la pêche et la cueillette ne les mobilisaient peut-être pas 8 heures par jour. Peut-être avaient-ils déjà la semaine de 35 heures, voire moins ? En tout cas, ils devaient certainement avoir du temps libre pour penser à autre chose qu’à leur survie. Du temps pour se distraire, et du temps pour s’interroger sur les grands mystères du monde …