Retour de chine mallarméen
Stephane Mallarmé est un de mes poètes préférés, dont je suis phane. Mais je trouve qu'il a un peu vieilli et qu'il n'est plus tellement en phase avec notre époque moderne. C'est pourquoi, bien que je sois assez mal armé pour cette tâche, je me suis permis de remettre à jour son célèbre poème "Brise marine". Cette mise à jour apporte indéniablement de la modernitude à ses vers, il faut le dire, un peu poussiéreux. Bref, une nette amélioration dont je ne suis pas mécontent, et qu'il aurait certainement approuvée !?
Grise la chine
La chine est triste, hélas ! et c’est bien dur à vivre.
Fuir ! où ça fuir ? Ramer à bord d’un bateau ivre
Sur l’Indre, sur la Loire ou bien sous d’autres cieux ?
Rien, à part de la drouille étalée sous nos yeux...
Même au petit matin dans la lueur des lampes
On use ses souliers que l’herbe humide trempe.
Une tapisserie de biche avec un faon,
Des gadgets en plastique et des jouets d'enfants.
Des habits démodés, rien pour notre pâture.
Et c’est ainsi qu’en vain on use ses chaussures.
Quel ennui désolant, quel affreux désespoir !
Vraiment de quoi pleurer. (T’aurais pas un mouchoir ?)
Même quand il fait beau, qu’il n’y a pas d’orage
Chaque retour de chine est toujours un naufrage.
On a perdu son temps et ses quelques euros
Bredouille, le chineur est un triste héros !
Et maintenant l'original (poussiéreux) de Stéphane Mallarmé qui avait bien besoin, vous le reconnaîtrez, d'un peu d'air frais !
Brise marine
La chair est triste, hélas! et j'ai lu tous les livres.
Fuir! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux!
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
O nuits! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature!
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs!
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots...
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots!
Voir également le célèbre sonnet berrichon de (?) Stéphane Mallarmé sur http://perso.orange.fr/jlf/hors/deols/graffiti.htm