Pensées aquatiques (petit poème en prose)

Publié le par TSF36

S’asseoir au bord d’un vieil étang près d’une vieille bonde en bois couverte de lichens.

Regarder la lente dérive des beaux nuages gris se mirant à ce miroir paisible.

Ecouter le doux clapotis des vaguelettes se brisant contre le mur en grès de la digue.

Observer le vol papillonnant des guiffettes rasant la surface à l'affût du poisson infortuné et succulent.

Sentir sur sa joue le vent léger qui incline parallèlement les massettes des roseaux.

Se dire que tout cela est en parfaite harmonie et qu’on est la seule fausse note dans le paysage.

Se dire que nous n’occupons pas une place privilégiée parmi les êtres vivants.

Se dire que rien ne nous appartient mais que nous appartenons à tout cela.

Se dire que notre vie n’a pas plus d’importance que celle d’une guiffette ou que celle d’un poisson et que ce n'est finalement qu'une question de point de vue : manger ou être mangé.

Se dire que notre statut pascalien de roseaux pensants ne nous sera d’aucun secours à la dernière minute de notre dernière heure.

Se dire que notre séjour sur terre n’est qu’une vaguelette se brisant contre le mur de l’éternité.

Se dire que nos désirs, nos regrets, nos colères ne sont que des nuages que le vent emportera.

Se dire que le Créateur de tout ça est un sacré farceur !

Puis, repartir, après un dernier regard sur cette beauté de la Nature qui nous échappe.

Rejoindre enfin notre monde de fous où il faut bien continuer à vivre ... par politesse et par savoir vivre.

Mais avec au moins la consolation d’avoir été, juste l'espace de ces quelques moments au bord de l’eau,  homo sapiens, c'est à dire homme sage ...

C'est beau le gris !

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Publié dans Poésie

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