Merveilles de chine (épilogue alternatif)

Publié le par TSF36

J’entendis un léger déclic puis ce fut une musique merveilleuse que je connaissais bien. C’était le Printemps des 4 saisons de Vivaldi dans la version extraordinaire signée « Il Giardino Armonico », une interprétation irrésistible, presque rock'n roll, qui m’avait réconcilié avec cette œuvre trop rabâchée. Rien de tel pour commencer la journée dans la bonne humeur !
Mon poste de chevet, réglé en permanence sur France Musique, n’était pas –Dieu merci- un Iris Noir, mais un bon vieux Sony ICF 2001D à couverture générale, de la fin du XXème siècle sur lequel je n’utilisais plus maintenant que la FM et la fonction réveil.
J’ouvris un œil, puis l’autre, en m’étirant, ainsi que font la plupart des bipèdes de race homo sapiens quand ils s’éveillent.
Eh bien mon vieux, me suis-je dit, tu l’as encore échappé belle ! Heureusement que le réveil s’est déclenché, car tu étais sur le point de vendre ton âme au diable ! Et en plus tu avais l’air malin avec ton Super Mondial dans un sac en plastique ! Franchement comique, non ? Quels rêves absurdes on peut faire, tout de même !

« Il est 6 heures, Monsieur, me dit le vieux Sony avec son exquise politesse asiatique. C’est l’heure de se lever car on est dimanche et il y a la brocante des Marins »
Eh oui c’était dimanche ! Pour certains, c’est le jour du Seigneur, pour d’autres c’est le jour du vélo ou de la course à pied. Pour moi qui ne suis ni croyant ni sportif, c’est jour de chine !

Je me levai, en prenant soin que ce fût du pied droit et j’ouvris les volets. Six heures cinq. Il faisait presque jour et le ciel était clair avec des nuances d'azur pâle mais prometteur. Un merle vocalisait dans le grand noyer au-delà du mur du jardin. Ce serait, à n’en point douter, un beau dimanche de printemps. Je me hâtai d’expédier les affaires courantes du matin et de filer vers l’Avenue des Marins. J’avais déjà totalement oublié mes errements nocturnes.

Je sentais que ce matin-là, quelque chose d’heureux allait m’arriver. Il y aurait sans doute des Vitus avec des lampes bleues, des Ducretet, des Horace Hurm à 150 roupies peut-être … D’ailleurs, l’horoscope de France Bleu Berry, qui est la plus sérieuse référence en la matière, ne me l’avait-il pas prédit ? Ce serait un dimanche « où tout pourrait se réaliser » pour les natifs de mon signe. N’était-ce pas assez clair et précis ?

Et puis, après tout, même si les astres n’ont pas grand chose à voir là dedans, qu’en coûterait-il au hasard, cette force aveugle et sourde qui régit l’univers, si elle faisait pour une fois se croiser les trajectoires incertaines du chineur et des objets longtemps convoités ?
Il suffirait de presque rien : une minute d’avance ou de retard d’un côté comme de l’autre, peut-être un grain de sable emporté par le vent, ou le battement d’aile d’un papillon dans la mer bleue de Chine …

FIN
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Publié dans Littérature

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