Petits bonheurs retrouvés : acheter un CD
On n'achète plus guère de CD par les temps qui courent et c'est bien dommage.
Les geeks que nous sommes tous plus ou moins devenus téléchargent à gogo des hempétrois ou écoutent de la musique en ligne.
C'est quoi un geek ? si vous lisez ces lignes, nul doute que vous en êtes un, à un état pathologique plus ou moins avancé. Les irréductibles gaulois qui résistent encore à l'informatique ne sont plus légion.
Et pourtant, c'est beau un CD de musique classique... moins beau qu'un disque vinyle certes, mais infiniment plus beau qu'un fichier mp3 ou un flux audio compressé qu'on écoute n'importe quand, n'importe où , sur n'importe quoi sans vraiment écouter.
Par contre, un CD, ça se mérite : c'est un objet de luxe. Il faut en effet économiser une somme rondelette pour l'acquérir ; en ces temps de crise, cela représentera au moins quinze jours de privation de dessert. Il faudra ensuite pousser la porte du disquaire, chose compliquée depuis qu'il n'y a plus de disquaires et que les portes s'ouvrent automatiquement sans qu'on ait à les pousser. Il faudra se courber, parfois même s'accroupir pour fouiller dans les bacs classés selon une logique parfois illogique avant de dénicher enfin l'objet de votre convoitise quand par miracle il est disponible. Le passage à la caisse sera une formalité un peu douloureuse, certes, mais tempérée par la satisfaction d'avoir pour une fois fait un geste pour sauver l'industrie du disque ; en plus de la satisfaction nostalgique de renouer avec les traditions du siècle dernier, heureuse époque où on achetait encore des disques ...
Le déballage d'un CD ne se fait pas sans le rituel qui s'impose. Le film transparent qui le protège sera généralement impossible à enlever manuellement et pourra occasionner un légitime énervement pour le mélomane impatient. Grande sera la tentation de se saisir du premier objet plus ou moins coupant pour en venir à bout : couteau de cuisine, lime à ongles, tournevis, clé de la porte d'entrée, canines acérées ... Non, cela manquerait de raffinement : seul un joli petit canif réservé à cet usage doit être utilisé. S'il y a des autocollants du genre "diapason d'or" ou " Choc Du monde de la Musique", il ne faudra surtout pas les jeter avec le film d'emballage, mais les récupérer précieusement et les coller à un emplacement libre et non intrusif sur la jaquette ou sur le livret d'accompagnement du CD ; nul doute que cette maniaquerie un peu fastidieuse va contribuer à lui donner une aura et une valeur documentaire accrues (quand les archéologues le retrouveront dans deux mille ans !).
Ce n'est qu'après l'accomplissement de ce rituel qu'on peut enfin déposer, religieusement en la tenant par les bords et le trou central afin de ne jamais toucher la surface immaculée, dans le tiroir du tourne-disque la précieuse galette argentée. Il ne reste plus qu'à se caler confortablement dans un fauteuil Stressless (le fauteuil du berrichon destressé) situé à la pointe d'un triangle équilatéral dont les deux autres pointes sont matérialisées par des belles enceintes en bois Celestion Ditton 442 datant de la fin des seventies, et d'écouter avec ses propres oreilles ...
Un pur bonheur !

Eloge dithyrambique de ce merveilleux disque très prochainement ...Les geeks que nous sommes tous plus ou moins devenus téléchargent à gogo des hempétrois ou écoutent de la musique en ligne.
C'est quoi un geek ? si vous lisez ces lignes, nul doute que vous en êtes un, à un état pathologique plus ou moins avancé. Les irréductibles gaulois qui résistent encore à l'informatique ne sont plus légion.
Et pourtant, c'est beau un CD de musique classique... moins beau qu'un disque vinyle certes, mais infiniment plus beau qu'un fichier mp3 ou un flux audio compressé qu'on écoute n'importe quand, n'importe où , sur n'importe quoi sans vraiment écouter.
Par contre, un CD, ça se mérite : c'est un objet de luxe. Il faut en effet économiser une somme rondelette pour l'acquérir ; en ces temps de crise, cela représentera au moins quinze jours de privation de dessert. Il faudra ensuite pousser la porte du disquaire, chose compliquée depuis qu'il n'y a plus de disquaires et que les portes s'ouvrent automatiquement sans qu'on ait à les pousser. Il faudra se courber, parfois même s'accroupir pour fouiller dans les bacs classés selon une logique parfois illogique avant de dénicher enfin l'objet de votre convoitise quand par miracle il est disponible. Le passage à la caisse sera une formalité un peu douloureuse, certes, mais tempérée par la satisfaction d'avoir pour une fois fait un geste pour sauver l'industrie du disque ; en plus de la satisfaction nostalgique de renouer avec les traditions du siècle dernier, heureuse époque où on achetait encore des disques ...
Le déballage d'un CD ne se fait pas sans le rituel qui s'impose. Le film transparent qui le protège sera généralement impossible à enlever manuellement et pourra occasionner un légitime énervement pour le mélomane impatient. Grande sera la tentation de se saisir du premier objet plus ou moins coupant pour en venir à bout : couteau de cuisine, lime à ongles, tournevis, clé de la porte d'entrée, canines acérées ... Non, cela manquerait de raffinement : seul un joli petit canif réservé à cet usage doit être utilisé. S'il y a des autocollants du genre "diapason d'or" ou " Choc Du monde de la Musique", il ne faudra surtout pas les jeter avec le film d'emballage, mais les récupérer précieusement et les coller à un emplacement libre et non intrusif sur la jaquette ou sur le livret d'accompagnement du CD ; nul doute que cette maniaquerie un peu fastidieuse va contribuer à lui donner une aura et une valeur documentaire accrues (quand les archéologues le retrouveront dans deux mille ans !).
Ce n'est qu'après l'accomplissement de ce rituel qu'on peut enfin déposer, religieusement en la tenant par les bords et le trou central afin de ne jamais toucher la surface immaculée, dans le tiroir du tourne-disque la précieuse galette argentée. Il ne reste plus qu'à se caler confortablement dans un fauteuil Stressless (le fauteuil du berrichon destressé) situé à la pointe d'un triangle équilatéral dont les deux autres pointes sont matérialisées par des belles enceintes en bois Celestion Ditton 442 datant de la fin des seventies, et d'écouter avec ses propres oreilles ...
Un pur bonheur !

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