Le Voyage d'Hiver
Du rock punk anglais au romantisme allemand, il n’y a que quelques encablures, que quelques sautes d'humeur, du moins pour qui a la chance de pouvoir naviguer tous azimuts et sans a priori sur l’océan sans frontières de la Musique. Dans ce vaste Océan, peut-être infini, en tout cas bien trop vaste pour être entièrement exploré pendant une courte vie humaine, il n’y a pas d’étagères, ni de tiroirs, ni d’étiquettes pour classer les différentes musiques qui se côtoient, qui se heurtent, qui se repoussent, qui se répondent et qui sont finalement constituées de la même substance impalpable qu’est l’écoulement du temps. La musique est en effet l’art immatériel de sculpter le temps qui passe...
Tout cela pour justifier mes goûts musicaux apparemment incohérents, contradictoires et paradoxaux. S’il m’arrive de faire des incursions dans des directions parfois surprenantes, il n’en reste pas moins que je reviens toujours à mes ports d’attache musicaux qui sont les mélodies de Fauré et les Lieder de Schubert.
C’est ainsi que j’ai redécouvert ce soir avec délectation un de mes vieux disques vinyles : Le Voyage d’hiver de Schubert par Hans Hotter et Gerald Moore, un vieil enregistrement monophonique datant de 1955 dans la collection Références EMI. Quel bonheur de déposer délicatement cette belle galette couleur de jais décorée en son centre d’une belle étiquette en papier, sur le plateau de mon antique Thorens . C’est tout de même nettement plus sensuel qu’un CD qu'on ne voit même pas tourner ! Quel bonheur d’observer la lente rotation régulière du disque sous la caresse, légère comme celle d’une plume, du bras de lecture terminé par un précieux diamant taillé avec expertise. Quelques légers crépitements se font entendre pendant le silence des premiers sillons, agréables et chaleureux comme les crépitements d’un feu de bois dans la cheminée, puis c’est l’introduction au piano, puis la voix grave et bouleversante de Hans Hotter qui s’élève :
Fremd bin ich eingezogen,
Fremd zieh ich wieder aus.
(Je suis venu en étranger,
En étranger je repars)
C’est le thème intemporel et universel du voyageur qui reste partout un étranger où qu'il aille . C'est le thème du cow boy solitaire. C'est aussi le thème de la chanson de Leonard Cohen "The Stranger Song". Et c’est aussi peut-être une grande allégorie de toute vie humaine. Chacun d’entre nous sur cette bonne vieille terre est un étranger de passage.
JL mélomane berrichon
