Petit guide de survie au Mont Saint Michel

Publié le par TSF36

A moins d’être un pigeon et aimer se faire plumer, à moins d’être un mouton (de pré salé) et aimer se faire tondre, le touriste avisé lira avec profit ce qui suit.

En effet le Mont Saint Michel, figurant parmi les lieux les plus touristiques de l’Hexagone, est aussi l’un des plus beaux pièges à touristes qu’on puisse imaginer. Ici tout est étudié pour soutirer le maximum de phynance aux touristes, principalement étrangers, vu qu’il ne s’agit pas d’une clientèle à fidéliser.

Voici donc quelques recommandations pour visiter ce site extraordinaire, sans choir dans aucun de ses pièges et sans y laisser sa chemise.

Tout d’abord, venez le matin de bonne heure, vers 9 heures par exemple, et de préférence hors saison, bien qu’il n’y ait pas vraiment de hors saison sur ce site qui attire les foules du monde entier toute l’année.

Il faut absolument arriver tôt afin de se garer pas trop loin du départ des navettes. Ceux qui arrivent tard devront se garer à l’autre bout de l’immense parking et faire 1 kilomètre à pied jusqu’aux navettes. Sachez toutefois que ce parking est payant et qu’il n’y a pas moyen d’y échapper. Les navettes par contre sont gratuites et … bondées, mais le trajet ne dure que 10 minutes.

Une fois arrivé au pied du Mont, on est accueilli par des grues, des pelleteuses et autres camions.

C’est très moche, mais il s’agit du grand chantier pour rendre au Mont son caractère maritime. Ce sera beaucoup plus chouette une fois les travaux finis, en principe en 2015, quand le superbe pont-passerelle sera en service et l’ancienne route supprimée.

Entrez par la grande porte et prenez la rue qui monte (il n’y en a qu’une), une rue étroite grouillante de Nippons (armés seulement de Nikons,  pas de sabres de samouraïs) N’ayez pas peur, ils ne sont pas agressifs. De part et d’autre de cette rue, on trouve une impressionnante concentration des magasins de souvenirs, genre boule à neige en plastique avec le mont Saint Michel, ou carrément la Tour Eiffel, et autres magnifiques objets d’art fabriqués en Chine, que rapporteront avec fierté les précités Nippons. On trouve également une impressionnante concentration de restaurants, affichant à peu près tous les mêmes menus, traduits en japonais, issus de chez le même imprimeur. En ces lieux, la malbouffe et le coup de bambou sont de règle, surtout ceux qui ont une terrasse avec vue sur la baie. Evitez surtout le célèbre « Mère Poulard ». On ne peut pas le rater, car c’est le premier à gauche en entrant sur le Mont et le plus tape-à-l’oeil. C’était jadis un établissement réputé pour une omelette soufflée extraordinaire, qui s’est maintenant transformé en arnaque très lucrative. En général les pigeons ne se font plumer qu’une fois, mais comme le nombre des pigeons est infini, la Mère Poulard a encore de beaux jours en perspective. Contentez vous de jeter un œil à la mise en scène théâtrale des cuisiniers en costume du XIX ème siècle battant en cadence les œufs dans des récipients en cuivre et cuisant lesdites omelettes au feu de bois dans des poêles à long manche. Ici l’omelette baveuse se négocie au prix du caviar. Prenez juste une photo (ça c’est gratuit) et fuyez !

Quelques mètres plus loin, vous trouverez une bonne crêperie, pas visible de la rue, mais signalée par une enseigne « La Sirène ». Passez par le magasin de souvenirs et montez à l’étage pour accéder à une jolie petite salle avec boiseries et vitraux. Les galettes sont bonnes, le service est aimable et le tarif est très modique.

En partant, profitez également des toilettes gratuites de ce sympathique établissement, car partout ailleurs elles sont payantes !

On passe aussi devant quelques pseudo musées où des types bien sapés font du racolage pour vous proposer une visite groupée de quatre « musées » totalement nuls au prix imbattable de 18 € par personne. Passez votre chemin et gravissez le grand escalier qui mène directement à l’Abbaye. Bon, d’accord, là il faudra payer 9 € pour la visite mais ça les vaut largement, surtout avec un guide conférencier (pas un idioguide !) qui est un passionné et qui fait preuve d’humour, autrement dit un guide spirituel.  Quand on a la chance d’être un groupe pas trop nombreux, la visite est passionnante. Et on ne peut que s’émerveiller devant la Merveille.

Après cette visite incontournable, on pourra faire une agréable promenade sur les remparts, admirer les étendues infinies de sable qui entourent le Mont, entrer dans la petite église paroissiale bien entretenue et mettre un cierge devant la statue de Saint Michel terrassant le dragon. Il n’a hélas pas terrassé le dragon du commercialisme qui s’est impudemment installé au pied de l’abbaye.

Pour quitter les lieux, il faudra repasser par la petite rue qui cette fois descend, en jetant un regard amusé sur les marchands du temple proposant leurs cochonneries pour touristes, mais sans rien y acheter. Un dernier regard compatissant sur les terrasses bondées des malboufferies pour touristes auxquelles on a échappé, puis si on y tient vraiment une petite balade pieds nus sur le sable boueux de la baie, en évitant les sables mouvants et le retour de la marée qui, selon Victor Hugo,  arrive  à la vitesse d’un facteur à vélo.

Il ne reste plus qu’à se diriger vers la station des navettes et à rejoindre par ce moyen le parking où votre véhicule vous attend sagement.

Vous aurez ainsi évité les pièges du Mont Saint Michel et vous en rapporterez seulement le souvenir d’un lieu exceptionnel. C’est un pèlerinage qu’il faut avoir fait une fois dans sa vie.

 

 

 

P.S. Un cierge également pour « Trip Advisor » sans qui j’aurais certainement perdu quelques plumes !

Publié dans Pays lointains

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mumu773 15/08/2016 09:50

merci pour ces infos, on y va bientôt on sera prudents... 1ère arnaque, comme on est accompagnés d'un chien, obligation d'y aller à pied, ils ne sont pas admis dans les navettes !!!!!

Sébastien 04/10/2015 21:27

Super ce retour sur le Mont St Michel ! Merci beaucoup.
En effet, je me souviens des histoires sur la mère Poulard, à absolument éviter. La dernière fois que j étais passé par le Mont, je n avais pas visité l abbaye. Cette fois, je n y manquerai pas!

corinne pacaud 07/07/2014 11:51


Bonjour,


Aaah, ça me rappelle étrangement ma dernière visite! Il faut dire que la première fois, il y a presque 25 ans, nous étions encombrés, curieuse idée, d'une poussette et d'un bébé! Pauvres de nous,
étrangers lyonnais que nous étions, personne n'avait pensé à nous dire qu'il y avait quelques escaliers... C'était donc nettement mieux, il y a 2 ans, avec une ado munie de ses 2 jambes!!!


Bien sûr qu'il y a les marchands du temple, mais je suis une fan inconditionnelle de ce lieu. Je rêve de le revisiter hors saison, par un temps bien gris et humide, pour me retrouver dans
l'ambiance de "la promesse de l'ange", remarquable roman policier de Frédéric Lenoir et Violette Cabesos.


Promis, la prochaine fois, j'aborderai la merveille par le petit chemin de gauche, merci Sitelle...

sittelle 04/07/2014 17:22


La quintessence du l'amour des Normands pour les bons écus ! C'est encore pire qu'il y a une quinzaine d'année... Au prochain pélerinage, ne pas entrer par la grand'porte, continuer à gauche
jusqu'à la Gendarmerie; ensuite, une petite route et des sentes, pour échapper aux meutes; passer par le petit bois, puis derrière les maisons; on y  avait vu des boites d'oeufs en poudre
derrière la Mère Poulard ! Merci de ces belles images, et de la musique