La chasse au Snark - crise seconde

Publié le par TSF36

Puisque le Snark semble plébiscité par 100 % des lecteurs, tant pis je m'y recolle... Damned ! 

                   Crise seconde

Le discours de l'Homme à la cloche



Quant à l'Homme à la Cloche, ils le portaient tous aux nues,
Quelle prestance, quelle aisance et quelle grâce !
Et quelle solennité ! On pouvait lire la sagesse
Inscrite sur son beau visage !

Il avait acheté une grande carte représentant la mer,
Sans le moindre vestige de terres ;
Et les hommes furent  heureux, constatant de visu
Que c'était une carte qu'ils pouvaient tous comprendre.

" A quoi bon les pôles nord et équateurs de Mercator
Ses tropiques, ses zones et ses méridiens ?"
Disait l'Homme à la Cloche ; et l'équipage répondait :
"Ce ne sont que signes conventionnels !"

"Foin des cartes ordinaires, pleines d' îles et de caps !
Remercions plutôt notre bon Capitaine "
S'écriait l'équipage " qui nous a procuré la meilleure,
Une carte d'une blancheur absolue et parfaite ! "

C'était certes charmant ; mais ils comprirent avant longtemps
Que le Capitaine en qui ils avaient totale confiance
N'avait qu'une notion pour traverser l'océan,
Et que c'était seulement de faire sonner sa cloche.

Il était grave et sérieux, mais les ordres qu'il donnait
Avaient de quoi déconcerter un équipage.
Quand il criait "A tribord" mais la proue à bâbord !"
Que diable devait faire le timonier ?

Et parfois le beaupré se coinçait dans le gouvernail ;
Chose qui, selon l'Homme à la Cloche,
Arrivait très souvent en climats tropicaux,
Quand un vaisseau se trouve, comme qui dirait, "snarqué".

Mais le plus gros problème, c'était de naviguer
Et l'Homme à la Cloche, affligé et perplexe
Disait avoir, au moins, espéré par vent d'Est
Que le bateau n'irait pas voguer en plein Ouest !

Mais, le danger passé, tous avaient débarqué,
Avec leurs malles, leurs valises et leurs sacs.
Pourtant à première vue, ils furent déçus du paysage :
Rien que gouffres et précipices.

L'Homme à la cloche vit que leur moral était bas,
Et répéta d'une voix enjouée
Quelques blagues qu'il avait gardées pour les mauvais jours,
Mais l'équipage ne fit que grogner.

Il leur servit à tous des grogs bien tassés,
Les faisant asseoir sur la plage.
Et l'on ne put nier qu'il avait fière allure
Debout, prononçant son discours.

"Mes chers compatriotes et amis romains, oyez ceci !"
(Ils étaient tous férus de citations,
Alors ils burent à sa santé, et poussèrent trois hourras
Pendant qu'il leur servait une deuxième tournée).

"Nous avons navigué des mois et des semaines,
(Quatre semaines par mois, remarquez-le)
Mais jamais jusqu'ici (c'est moi qui vous le dis)
Nous n'avons vu la queue d'un Snark !

"Nous avons navigué des semaines et des jours,
(Sept jours par semaine, si je ne m'abuse)
Mais nul Snark digne de nos regards passionnés
Ne s'est  montré jusqu'à se jour !

"Ecoutez-moi Messieurs, je vais vous répéter
Les cinq signes irréfutables
Grâce auxquels vous saurez, en toute circonstance
Reconnaître les Snarks certifiés authentiques.

"Prenons les en bon ordre. Le premier, c'est le goût,
Un goût maigre et creux, néanmoins croustillant,
Comme un manteau qui serait trop juste à la ceinture,
Avec comme un  petit parfum de feu follet.

"Son habitude de se lever tard, vous avouerez,
Qu'il la pousse un peu loin, si je vous dis
Qu'il prend  son petit déjeuner à cinq heures du soir
Et ne dîne que le lendemain.

"Le troisième signe est sa lenteur à comprendre une blague.
Si vous vous hasardez à lui en dire une,
Il va soupirer et prendre un air affligé.
Et il prend toujours un air grave à un jeu de mots.

"Le quatrième est sa passion pour les cabines de bain,
Dont jamais il ne se sépare.
Il croit qu'elles ajoutent à la beauté des plages,
Une opinion fort contestable, au demeurant.

"Le cinquième est son ambition. Je dois pour être exact
Décrire chaque catégorie :
Distinguant ceux qui ont des plumes et mordent
Et ceux qui ont des moustaches et qui griffent.

"Car bien que les Snarks communs soient inoffensifs,
J'ai pourtant le devoir de vous dire
Que certains sont des Boojums ". L'homme à la cloche s'arrêta soudain,
Car le Boulanger s'était évanoui.

 

 

(à suivre, si la demande de mes nombreux lecteurs le justifie et si le Snark le veut..)

 

snark2.jpgUne autre édition (en anglais seulement) de la Chasse au Snark.

En fait, rien ne vaut la lecture du texte original.

Publié dans Poésie

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victor 18/04/2011 18:25


Encore, encore, encore ! Vivement la prochaine crise...

Victor