L'esprit de clocher revisité

Publié le par TSF36

- Ah ! vous habitez Déols. C’est dans le Jura, n’est-ce pas ?

- Non, Monsieur, Déols c’est dans l’Indre.

- Euh, l’Indre, c’est où exactement ?

- C’est dans le centre de la France

- Ah oui, je vois, c’est du côté de Tours ?

 

Mettons un terme à ce dialogue (pas si imaginaire que cela) qui illustre le fait que pas grand monde ne connaît Déols, petite ville méconnue d’un non moins méconnu département.

Et pourtant la Cité Turquine (ses habitants se nomment localement les Turquins) ne manque pas de charmes. Outre que c’est ma ville natale, elle peut s’enorgueillir d’un superbe clocher roman, seul vestige d’une grande abbaye bénédictine fondée au Xè siècle. Un véritable clocher avec des vraies cloches qui sonnent matines et angelus.

Pour les journées du patrimoine, les foules déoloises se pressent pour faire l’ascension dudit clocher. L’escalier de pierre en colimaçon, étroit et tortueux donne accès à un premier niveau. Un autre escalier en bois permet d’accéder à un second niveau où une échelle métallique permet de se rendre sur la plateforme panoramique qui est le point culminant de la ville. De cet endroit sublime, on bénéficie alors d’une vue imprenable sur les maisons, sur les toits, sur les rues, sur la porte de l’horloge, sur l’Eglise Saint Etienne, sur la prairie, sur la rivière bordée de frênes et de saules. Rien de grandiose, en somme, mais on y respire la paix et l’harmonie.


Et, puisqu’on a pris de la hauteur, on se surprend à méditer sur l’identité déoloise. Comment peut-on être (ou naître) déolois ?

 

C’est très simple, en fait :

 

On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille.

On ne choisit pas non plus les trottoirs de Manille,

de Déols ou d’Alger pour apprendre à marcher...

Etre né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard

Etre né quelque part, c’est partir quand on veut, revenir quand on part ...

Je suis né quelque part, laissez moi ce repère ou je perds la mémoire.

                                                         (Maxime Leforestier)

 

Finalement, il n’y a pas d’identité déoloise en dehors du fait que les déolois vivent à l’ombre d’un même clocher, qui est le symbole et l’essence même de la ville.

Ah, ce sacré clocher ! ce building médiéval devant lequel on passe et qu’on ne regarde plus.

Et pourtant, ce clocher, c’est un amer, c’est un phare, c’est une balise que le voyageur, de retour de pays lointains, voit grandir à l’horizon à mesure qu’il en approche et qu’il retrouve toujours avec émotion.

Un clocher, c’est toujours le centre du monde, car tout point d’une surface sphérique peut en être centre.

Un clocher, c’est le centre de gravité autour duquel on passe sa vie à graviter. On a beau s’en éloigner, on l’a toujours dans la peau, dans le cœur, dans la mémoire.

Un clocher c’est de la pierre, c’est du ciment,  donc de la matière ; mais c’est aussi l’intelligence, le savoir-faire, le courage de nos lointains ancêtres qui l’ont construit, donc aussi de l’esprit.

Les gens dont on dit qu'ils ont l'esprit de clocher, ont souvent l'esprit étroit.

Tous les clochers se valent, même si on a un faible pour le sien.

Mais cela n'empêche pas les clochers d'avoir de l'esprit ...

Publié dans Berrichonnitude

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Michel Morin 03/12/2013 13:20


Bonjour M. Ledoux


J'ai besoin d'entrer en contact avec vous le plus tôt possible. Pourriez-vous m'écrire au infochnc@globetrotter.net


Michel Morin, directeur de l'information à Radio CHNC Gaspésie, Québec. 

sittelle 19/09/2013 10:29


Et le (ou  notre) clocher est aussi musique, signal de rassemblement solidaires, heureux ou tristes ! Je regarde du haut  et tente de voir si au au sud, j'aperçois le village de mon
arrière-pépé. Merci !

Fadette 17/09/2013 21:54


Très belle vue panoramique ! Merci de nous en faire profiter.