L'éclipse

Publié le par TSF36

Ah! la nouvelle année qui revient systématiquement tous les ans et qu'il est obligatoire de célébrer, parce qu'il faut bien faire marcher le commerce. Ce n'est pourtant qu'une illusion induite par les calendriers. La rotation de la terre autour du soleil ne marque aucune pause en passant par ce point arbitraire. L'incrémentation annuelle ne produit pas même un léger déclic sur son orbite. Ce point de basculement n'existe nulle part ailleurs que dans l'esprit des civilisés que nous sommes.
Chacun ressent cependant cette impression de flottement, de temps suspendu, pendant lequel on fait table rase de l'année précédente et on met la table pour l'année suivante. Une table simplement recouverte d'une nappe immaculée, vacante afin d'accueillir un repas dont le menu n'existe pas encore. Ce sera comme d'habitude un menu dont le Hasard - ce grand chef étoilé, mais parfois si mal luné - nous réserve la surprise, même si nous avons bien l'intention d'y ajouter notre grain de sel et  d'autres choses encore.
On appelle çà le temps des bilans et des (bonnes) résolutions.


L'heure des bilans... Que voit-on survolant les pages écrites pendant l'année 2010 et même les 5 années précédentes sur ce modeste blogounet ? Des voyages dans des pays lointains qui ne dépassent jamais les frontières hexagonales. Des voyages en chine dépassant rarement les frontières départementales. Des étangs monotones avec des hérons immobiles et des guifettes papillonnantes. Toute une collection de clichés touristiques, de lieux communs, des platitudes pseudo littéraires plantées de marronniers dans lesquels s'ébattent les écureuils. Et l'abbaye de Déols, centre du monde isidorien, comme la gare de Perpignan était le centre du monde dalinien. Des éloges - vrais ou faux - de ceci ou de cela.  Des chroniques gastronomiques souvent indigestes. Des gags récurrents usés jusqu'à la corde, comme ces pelles du 18 juin, ces bourricomètres déclinés jusqu'à l'insoutenable. Quelques poèmes laborieusement assemblés à grand renfort de chevilles et de dictionnaire de rimes.  Bref un bêtisier permanent dans lequel on chercherait en vain le moindre propos sérieux. Rien que du futile et du dérisoire ... à moins que cette impression soit due à une dépression hivernale passagère, lorsque la faible luminosité ambiante ne suffit plus à recharger les batteries internes du scribe  de service dont l'inspiration semble avoir définitivement expiré.
Toujours est-il qu'après avoir survolé toute cette paperasse virtuelle d'un vol consterné, on se dit qu'il est temps d'atterrir, de se poser, se re-pauser, réfléchir à de nouvelles orientations pour l'avenir, définir une nouvelle feuille de route, comme disent nos grands dirigeants.
Aujourd'hui, les astronomes nous avaient programmé une éclipse partielle vers 9 heures. Hélas, elle fut totalement éclipsée par l'épaisse couverture nuageuse qui occulte en permanence le plafond de notre  geôle hivernale. Aucune différence de luminosité ne fut perceptible dans cette nuit boréale. Alors, sur l'écran blanc de cette journée noire, je me suis projeté  l'Eclipse d'Antonioni, ce chef d'oeuvre sublime qui s'achève sur une très longue séquence muette de paysage urbain, le lieu où Alain Delon et Monica Vitti s'étaient donné rendez-vous. Pendant cette mémorable coda où le spectateur attend de voir arriver au moins l'un ou l'autre des protagonistes de l'histoire,  Antonioni filme des immeubles aux angles agressifs, des arbres agités par le vent, un tonneau qui fuit, un bout de bois, un tronc recouvert de fourmis, un autobus qui s'arrête et d'où sortent des inconnus. Quelques personnages en gros plan, étrangers à l'histoire. Puis la nuit tombe. Les lampadaires s'allument. La camera zoome sur une de ces lampes faisant un ovale lumineux sur le fond noir tandis qu'apparaît le mot "FINE". Les deux personnages qu'on attendait ne viendront jamais au rendez-vous. Leur histoire était sans suite. Ils se sont dissous dans l'incommunicabilité, qui est le vrai sujet du film. Ils se sont éclipsés.
Je m'éclipse également,   mais comme le dit l'ex gouverneur de Californie dans un autre film célèbre  "I'll be back ..."

 

 

 

Scène finale de l'Eclipse d'Antonioni (1962)

Publié dans Cinéma

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Patricia 05/01/2011 18:49


En effet, les deux formes sont utilisées : eclisse et eclissi. Mais comme le dit le texte en italien que vous avez trouvé sur Gogole, la forme "eclissi" est plus communément utilisée aujourd'hui.
L'Eclisse date de 1962...

Merci de votre vigilance.


Victor 05/01/2011 12:44


Bonjour
Eclissi, Eclisse, Ekleypsis,Eclipsis, Eclie psy (médecin connu...), "Eh,clip six" (actuellement sur les écrans)! Bref !
Concernant l'éclipse en Bas-Berry, cela ne devrait être qu'un phénomène épisodique... Je signale que 2011, qui serait une année record, devrait en compter 9. Alors pas de précipitation TSF36 ! Il y
a le temps. Et moi,j'attends le bourricot qui les annoncerait ces éclipses, en agitant son bonnet d'âne.
Vittorio Gagman


Patricia 05/01/2011 09:40


Je reviens ici, après avoir de nouveau regardé la vidéo. Quelque chose m'avait choqué la première fois sans pouvoir dire quoi. Ce matin c'est plus clair : le titre annoncé en italien du film sur la
vidéo est L'ECLISSE. Erreur : en italien, on écrit L'ECLISSI, una eclissi, substantif féminin.
Vous n'êtes pas concerné, TSF36. C'est important tout de même de rectifier. La langue de Dante me tient trop à coeur.


TSF36 05/01/2011 10:15



Pourtant le titre du film est bien L'eclisse ...


Ne connaissant pas du tout la langue de Dante, j'ai demandé à Monsieur Google, qui sait tout ! Encore un mystère d'éclairci !



La parola è di origine greca, ékleipsis, propriamente “abbandono”, “mancanza”, da ekléipo, “lascio”, “abbandono” (con allusione alla scomparsa del
disco solare o lunare). Dal greco si originò il latino eclìpsis, e di qui una forma italiana regolare in -e, eclisse (come
nave da navis e fine da finis). Ma qualcuno pensò bene d’introdurre una forma dotta rispettosa della finale
i del latino, eclissi.

Questa forma dotta è diventata comunissima. Oggi tutte e due le forme, eclisse ed eclissi, hanno regolare cittadinanza nella nostra lingua, anche
se eclissi prevale. Circa il genere, è presto detto: femminile in greco, femminile in latino, femminile in italiano.





Patricia 04/01/2011 20:20


Voilà un bel article après la panne sèche d'inspiration de l'équipe (!) de TFS36. Où j'apprends qu'il y avait une éclipse de soleil ce matin. Où je constate que les mots "FINE" et "THE END"
signifient la même chose à la fin. Où j'ai passé un bon moment de lecture et un excellent visionnage d'un bel extrait du cinématographe italien, mon préféré. Alors, si je me suis éclipsée dans les
couloirs du métro parisien au moment de l'événement majeur de la journée, je ne m'éclipserai pas d'ici. Puisse votre éclipse durer peu de temps...

Patricia, eclissi italiana.