Eloge de Jacques Martel, chansonnier berrichon (1877 - 1941)

Publié le par TSF36

Comme le temps passe !

Un fort intéressant article paru récemment sur l’excellent site « L’œil à l’écoute » du non moins excellent Monsieur Victor et traitant du célèbre cabaret montmartrois « Le Lapin agile » me ramène 8 ans en arrière ! En effet, un article du 25 novembre 2005 paru dans ce modeste blogounet, était consacré à Jacque Martel, chansonnier berrichon et montmartrois s’étant justement produit au « Lapin Agile ».

Wiki qui sait tout (?) n’en dit pas grand chose, sinon que son vrai nom était Alfred Mallet et qu’il est né à Léré (Cher) en 1877 et qu’il est mort en 1941. Sa biographie se résume à 4 lignes.

Afin d’apporter ma pierre à l’éloge de Jacques Martel, voici un rare document trouvé dans le livre « Berry, Cher et Indre » (Encyclopédie Bonneton)

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Et un document encore plus rare : l' enregistrement de "Jeu nouviau" par Jacques Martel en personne.

 Il s’agit d’un disque 78 tours 25 cm Polydor à étiquette verte portant le numéro 622-638. C’est un enregistrement électrique, donc enregistré après 1925, mais difficile de mettre une date plus précise. Disons fin des années 1930.

Il ironise sur la mode du yo-yo, ce jeu  "nouviau" lancé dans les années 20 (bien qu'il remonte à la plus haute antiquité !)

Il fait aussi allusion à certains évènements politiques (Conférence de Genève ?) et à l'imminence de la 2ème guerre mondiale. On trouve dans ce monologue la traditionnelle moquerie du  paysan pas si bête envers les fous de la ville, et plus particulièrement envers les Parisiens.

C’est un des thèmes récurrents de l’humour berrichon, repris plus tard par Jean-Louis Boncoeur.

En tout cas, nous avons là un bel exemple de patois berrichon, une langue que plus personne ne parle dans le Berry et que même les berrichons du XXI ème siècle ont bien du mal à décrypter !

 

Cliquez ICI  et oyez !

 

Voici le texte que j’ai réussi à transcrire, mais il reste quelques lacunes …

Appel aux linguistes berrichons pour boucher les trous !

 

Dans mon ch’tit bourg, à faire mes s'mences,

Mon ch’tel et pis l’grain à récolter,

J’prends jamais l’moinderment d’vacances

Seulement j’ons d’quoi ri tout l’été.


Ceux gens d’Paris qu’on rin en tête,

I l’ont inventé du nouviau ;

I s’amusons, moi j’trouve ça bête,

D’une rondelle qui l’appelons yo-yo.


C’est comme qui dirait queuque bobine

Anque un bout d’ficelle long comme ça

Qui s’déroule, pis qui s’entorbine

Sans ……………………..


Et j’te renvoye et j’te ramène

La grand' fumelle et pis ….

L’père, la mère, l’cousin, la marraine,

Toute la famille joue au yo-yo.


En ieux l’vant l’matin ça commence,

I s’occupons pas du journal

Du gouvernement ni d’la France

I v’lons pas voir que ça va mal.


Pour l’histoire de la politique

I disons j’tenais l’gros morciau,

On a changé toute la boutique.

Tant pire, faisons marcher l’yo-yo !


I s’doutons pas qu’là-bas en Suisse

Anque ieux manières d’désarmement

D'ieux dettes  et pis toute la police

On s’fout d’nous d’puis un bon moment.


Moi j’cré qu’en guise de conférence

Et pis d’paroles à plein tomberiau

I passons l’pus clair des séances

A faire des bonnes parties de yo-yo.


C’est un malheur, moi j’fais ma vigne,

Mes terres ; j’ai deux vaches, un cochon,

Une vieille bourrique, une femme qui r’chigne

Et pis qui m’traite de cornichon.


J'vais une fois l'an à l’assemblée,

J’bois, j’joue un peu , pique sus carriau

Mais j’ai pas la cervelle fêlée

Au point d’faire marcher un  yo-yo !


Nus tête anvec des grand’ culottes

Toute la journée on voit des gâs

Pis des fumelles qu’ont dans ieux cotes

Un ch’tit ……..pis point d’bas.


On les suivrait dans la bouch’ture

On les trouverait tout d'un moussiau.

En r’venant, l’rouge sus la figure

I diraient encore : c’est l’yo-yo.


Ca l’empêche pas ceux gens d’la ville

De s’vanter pasqu’i l'ont des sous,

Pis d’nous prend’ pour des imbeciles,

Vu qu’j’ons jamais sorti d’cheux nous.


Ca s’cré malin du fait qu’ça bouge.

Mon champ d’tref’ incarnat si biau

I s’figurons qu’c’est la Mer Rouge,

Dame, i connaissons que l’yo-yo.


Au fond, c’est ptêt un bien.  La preuve :

L’temps qu’i font marcher l’truc en bois

I s’avisons pas qu’on manœuvre

Pour un cass’ment d’gueule premier choix.


Malgré qu’l’impôt i les domine

I v’lons pas voir qu’i sont dans l’siau,

Qu’on les roule, qu’on les embobine

Et pis qu’c’est eux qui servons d’yo-yo.

 

Publié dans Berrichonnitude

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hautin jean michel 08/07/2015 16:27

Cher Daniel, je prepare un spectacle sur Jacques martel et suis tres heureux d avoir pu entendre sa voix- amicalement JM

Daniel 03/06/2013 21:03


Pas si rare que ça les disques de Jacques Martel "LE" (dixit l'étiquette des disques !) poete bérichon car j'en posséde 2, chiner en Ile de France; les Polydor 581884 et 522603 renfermant ces 4
poemes :


Dans le coin de mon feu


Le gars iconnu


La subvention


Les huissiers du père Thomas


Les 2 premier titres ont été enregistrés vers octobre 1931, les 2 derniers fin 1932-début 1933.


 


 

TSF36 04/06/2013 09:38



Merci pour ces informations et bienvenue au fan club de Jacques Martel 



sittelle 29/05/2013 16:18


J'connaissions qu'Charles Martel, en 732, et c'était en même patois; impossible d'aller chercher mes documents pour vérifier, je repasse mon permis de béquillage 

TSF36 29/05/2013 20:08



Béquilage = béquilles = fracture = chute ? Accident de ski ? (nautique?)


J'espère que c'est pas trop grave. Bon rétablissement.


Amicalement


 



victor 29/05/2013 11:23


Bonjour


Pas facile de combler  les manques...


Et si on y arrive, une soirée au "Lapin Agile" ? 


Victor