De l'éclipse à la disparition

Publié le par TSF36

1) Hésitations préliminaires

La faire disparaître ou pas disparaître ? telle est la question shakespearienne ...
Il suffirait juste de supprimer une touche du clavier, rendant - a priori - toute tâche impossible au dactylographe.
Enfin, presque impossible, car l'ablation de cette particule élémentaire du langage conduirait à une pauvreté extrême de l'écriture.
Sans elle, il faudrait renoncer aux perce-neige éphémères, au retour des hirondelles, aux balades en Berry, aux merveilleux nuages de la Brenne, aux omelettes aux fines herbes, aux délicieuses pâtisseries déoloises ; bref renoncer à toutes les choses qui, mises bout à bout, font que la vie mérite d'être vécue.
Mais cela permettrait aussi qu'une chose difficile à comprendre devînt un truc abscons,
Que la mi-ombre fît place au clair-obscur,
Que le le mélomane classique devînt un fan de jazz,
Que le dictionnaire des synonymes descendît non pas d'une étagère mais plutôt de son rayon.
Et que cette disparition devînt une intarissable source d'enrichissement littéraire.

 

 

 

 

2) Application

Colorisation, vocalisation : voilà un point crucial dont il faudrait partir.
Arthur Rimbaud, grand voyant, y voyait du blanc, du moins l'affirma-t-il dans un quatrain qui fit grand bruit.
Puis il fut voyou à London City, puis trafiquant à Harar.
Puis il disparut sans jamais avoir approfondi tout çà.

Mais plus tard, l'an d'avant 1970, G.P., un gars d'Oulipo, pas idiot, fit un coup fumant quand il sortit un roman qu'il nomma "La disparition", un opus aux 300 folios sans jamais "un rond pas tout à fait clos finissant par un trait horizontal".
Un travail colossal dont il s'acquitta, non sans brio, tout au long d'un  passionnant bouquin : un polar  flamboyant qui laissa baba plus d'un fan.
G.P., grand  gourou du mot français, disparut trop tôt.

Plus tard, un scribouillard local  fort connu (mais au nom ici tu !), vivant - ou plutôt survivant - dans un gourbi crado à la ZUP d'Issoudun, -  aspirait  à l'imitation du susdit grand gourou.  Il  s'attaqua donc au boulot sur sa Japy (car jadis il n'y avait ni Macs ni  P.Cs) dont il avait aboli un bouton ad hoc.
Il y pauma son latin,  s'y cassa pif, crocs, ciboulot ...
Il fumait maints cigarillos, buvait maints Scotchs du matin au soir, mais l'inspiration avait fui à jamais ...
Il rumina dix jours, dix nuits dans son gourbi, puis il conclut dans un soupir, bras ballants : "A quoi bon tout ça ?"
Alors, il sortit dudit gourbi, quitta Issoudun, marcha au long du canal. Un canal  plus noir, plus profond qu'un Styx.
Puis à l'instar du voyant dont on parla plus haut, il disparut lui aussi.

 

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Duszka 30/01/2011 09:02


Merci. Me voilà prête à discourir" avec mon fils que le caner m'a enlevé à l'âge de 41 ans : il a passé les dernières semaines de sa vie chez nous entre le 3 février et le 14 mars date de son
départ- , un gros bonnet sur sa tête décapée par la chimio, il sortait pour regarder les étoiles. Ce fut l'un de ses derniers bonheurs.


L'obscur scribouillard 29/01/2011 20:44


Bien le bonsoir,
C'est tout simplement cette bonne vieille Vénus !
D'ailleurs, c'est bien simple : Vénus et Jupiter sont les 2 planètes les plus brillantes du ciel, celles qu'on voit presque tout le temps. Si c'est pas l'une c'est l'autre. Elles suivent la même
trajectoire que le soleil (ligne virtuelle nommée écliptique)se levant toujours à l'est et se couchant à l'ouest.
Pour ma part, ma trajectoire est plutôt chaotique et aléatoire ...
Sur ce je m'éclipse !


Duszka 29/01/2011 17:21


Me voilà d'un coup dans les astres. J'ai me beaucoup cette balade talentueusement suggérée.A ce propos, quel est cet astre splendide qui se lève à l'Est en ce moment vers 6 heures du matin suivant
une trajectoire analogue à celle de Jupiter qui elle commence à fuir vers l'Ouest le soir ?


Victor 27/01/2011 09:01


Bonjour
Bravo ! Je suis admiratif !
Devant autant de talent, je songe moi-aussi, à "disparaître" à mon tour. Et sans écrire de livre...
Victor