A propos ...

Publié le par TSF36

...de lapin.

Les nombreux lecteurs de ce Modeste Blogounet m'ont fait part de leur inquiétude concernant le lapin de Pâques acquis chez Lidl le mois dernier.
Eh bien, j'ai le devoir de leur faire part de la triste nouvelle : ledit lapin n'est plus.

 

Il n'en reste que la peau, une peau toute froissée en aluminium doré dont on ne pourrait pas même se faire un manteau, pas une écharpe, pas même un string.
A propos ... de lapins, je me souviens encore de scènes insoutenables qui ont marqué mon enfance et continuent à hanter mes pires cauchemars.
C'était dans les années 1950, une époque préhistorique que les Djeunz ne peuvent même pas imaginer. En ce temps-là, on emprisonnait des lapins innocents dans des sortes de cellules en ciment fermées par des barreaux métalliques, qu'on appelait des clapiers, ou en berrichon des "tês à lapins". On leur mettait de la paille qu'il fallait changer régulièrement (car cela empestait)  et on leur jetait généreusement des épluchures de légumes, trognons de pommes, de choux et autres cochonneries en guise d'alimentation.  Quand ces pauvres bêtes avaient atteint un poids jugé intéressant, ce dont on s'assurait en les suspendant par les pattes à un "crochet", sorte de balance dont on faisait glisser le contrepoids sur les graduations indiquées par des encoches sur le fléau à section carrée, alors on prononçait froidement la condamnation à mort sans même avoir entendu les arguments de la défense.
Je me souviens, aussi nettement que si c'était hier, avoir assisté à ces exécutions. sommaires. La victime était suspendue par les pattes de derrière à la branche d'un arbre et assommée d'un coup de battoir sur la nuque (ce qu'on appelait le coup du lapin). Ensuite, on lui arrachait un œil afin que le sang pût s'écouler dans un bol dans lequel on avait mis du vinaigre afin d'éviter la coagulation du sang qui servait dans la préparation culinaire de l'infortuné rongeur.
Ensuite il fallait dépouiller le lapin après avoir pratiqué avec un couteau quelques incisions aux endroits judicieux. La peau se retournait comme un gant laissant apparaître la chair nue, rose et violacée. Un spectacle horrible en vérité dont je frémis encore ...
La peau était mise à sécher dans une grange, où les mouches bombinaient autour des puanteurs cruelles, pour reprendre l' image poétique de Rimbaud.
Il suffisait d'attendre que passe dans la rue le "marchand de peaux de lapin" qui se signalait par son cri caractéristique "Pôôôôô d'lapin, pôôôô !" et qui offrait quelques roupies en échange des lapinesques toisons destinées à faire des manteaux de fourrure bien chauds pour les pauvres qui ne pouvaient pas s'offrir de vison.
C'est ainsi que les lapinicides (fort nombreux à l'époque, y compris dans les meilleures familles) effaçaient les traces de leur crimes et se rachetaient une bonne conscience.
Et c'est ainsi que je ne mange jamais de lapin, sauf une fois l'an à Pâques, et encore c'est un lapin en chocolat...

 

lapin.jpg

 

Lapin bidimensionnel

Publié dans Préhistoire

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sittelle 03/08/2012 16:27


Ce souvenir... j'allais dégobiller dans le couloir, l'odeur et mon p'tit copain tué, l'oeil...  et celui du tableau artistique, à l'huile, au-dessus du billot de la Chevaline, l'odeur des
carcasses de boeuf chez le boucher... comment aimer la viande !  Je ne trouve pas de mare : mon amie de St Gaultier se souvient d'avoir vu creuser une mare; argile, puis semis de ... ?
luzerne ou ? pour étanchéifier; peut-être savez-vous cela ? merci; ne répondez pas si cela vous ennuie, pas de soucis !

Victor 29/04/2011 10:05


Je crois qu'il se passait à peu près la même chose dans les autres campagnes françaises.Le bourguignon que je suis se souvient avoir vu le même genre de scène.C'est la raison pour laquelle je
préfère me rappeler le moment du ramassage des oeufs, les vrais pas ceux en chocolat, guidé par la grand-mère qui connaissait bien-sûr tous les coins où les poules pouvaient les "cacher".

Victor


Michelle 28/04/2011 14:46


À part l'histoire du gars qui ramasse les peaux de lapins, tout le reste existe dans l'immuable Berry
Perso, je ne mange pas de lapin, car je ne mange pas de cadavres...euh..de viande et poisson.
Les animaux sont mes amis, je ne mange pas mes amis!