Pas gai, mais à méditer.

Publié le par TSF36

Pas bien gai le 11 novembre, surtout quand la grisaille ne laisse pas apparaître le moindre rayon de soleil.

A la TSF, on a bien entendu évoqué la grande boucherie de 14-18. Sur France Inter, Ivan Levai a même eu la bonne idée de nous lire un poème d’Aragon. Je l’ai relu, je l’ai réécouté dans la superbe interprétation de Léo Ferré…

Tu n'en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j'ai vu battre le cœur à nu
Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille

Qu'un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l'ancien Légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

On part Dieu sait pour où Ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu
Quelque part ça commence à n'être plus du jeu
Les bonshommes là-bas attendent la relève

Roule au loin roule train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secoue
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur

Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit
Déjà vous n'êtes plus qu'un nom d'or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s'efface
Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri

 

Bouleversant, ce dernier vers qui résume en 8 mots toute l’absurdité de cette guerre …

L’homme est sans conteste l’animal le plus intelligent de la création, et aussi le plus stupide. Il est capable, par son esprit, de s’élever bien plus haut que les autres animaux, mais aussi de descendre beaucoup plus bas.

Il y a ceux qui ont organisé les grandes boucheries, qui en organisent actuellement ou qui rêvent d’en organiser d’autres encore plus massacrantes. Et il y a aussi les grands hommes capables d’écrire d’aussi belles choses qu’Aragon. Et tant qu’il y aura des artistes, des musiciens, des poètes, tout espoir ne sera pas perdu ...

Publié dans Poésie

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