Merveilles de chine (5)

Publié le par TSF36

Bien que je ne fusse pas un riche étranger fortuné, j’allais quand même tenter ma chance. Après tout, ce grand spécialiste, ou du moins supposé tel, avait-il une faille dans ses connaissances, une lacune dans sa documentation et ne savait-il pas la valeur de cet appareil quasi introuvable ?
- Combien le radioréveil ? demandai-je, sur un ton faussement détaché.
- 1500 roupies, me répondit-il, avec un sourire narquois.
- Un peu cher quand même pour un radioréveil ! lui répondis-je, estomaqué.
- Eh oui, mon cher Monsieur, c’est le prix. Il s’en est vendu un à Chartres à ce prix là. Je ne le vendrai pas moins cher !
Damned ! ce diable d’homme était au courant de tout. Il était inutile de s’attarder ici plus longtemps. Il aurait pu faire sienne la sinistre devise qui était gravée aux portes de l’enfer dans la mythologie grecque « Abandonnez tout espoir, vous qui entrez » …
Je lui souhaitai néanmoins bonne chance, car il faut en toutes circonstances rester fair play, et je voulus repartir. Mais il m’avait agrippé par la manche en disant :
- Ne partez pas comme çà, mon cher Monsieur, je vois que vous êtes un fin connaisseur et entre connaisseurs on peut toujours s’arranger. Vous avez dans vos sacs du matériel qui pourrait m’intéresser. On pourrait faire un échange… fort avantageux pour vous.
- Vous voulez rire, lui dis-je. Ce sont là des postes très anciens, presque des œuvres d’art. Des appareils qui ont vécu, qui ont traversé le siècle, bref des objets qui ont une âme.
- C’est bien pour cela qu’ils m’intéressent, mon cher Monsieur, dit-il avec un sourire étrange .
Mais je vois que vous sous-estimez complètement mon Iris Noir… Pourtant, il est magique ! Sa valeur est … inestimable ! Avec cet appareil, on peut devenir omniscient. Le passé, le présent, l’avenir n’ont plus de secrets pour vous. On peut lui demander tout ce qu’on veut : la jeunesse, l’amour, la fortune, la gloire … que sais-je encore ?
Visiblement, ce type était un illuminé ou alors il faisait de l’humour au 36 ème degré. Trop fort pour moi, qui n’ai d’ailleurs aucun sens de l’humour … Je marinais dans des abîmes de perplexité, d’autant que cette situation surréaliste avait un air de déjà vu, ou plus exactement de déjà entendu qui ne fit qu’ajouter à ma confusion. Dans quel bouquin, dans quel opéra, dans quel film avais-je entendu çà ? J’aurais fini par trouver si l’affreux barbichu n’avait continué à déblatérer :

- Il suffit d’appuyer sur ce bouton ci, continua-t-il, en me montrant un minuscule bouton à l’arrière de l’Optalix, que je n’avais jamais remarqué sur aucun autre des nombreux exemplaires que j’avais coutume d’acheter pour quelques roupies.
- Tenez, je vais vous faire voir, continua-t-il. Je suis sûr que vous allez changer d’avis après cette petite démonstration.

Je me suis alors entendu crier : « Non, non, je vous en prie, n’appuyez pas sur ce bouton ! »




Trop tard, l’homme avait appuyé ! Et c’est alors, ami lecteur, que tout a basculé …

Publié dans Littérature

Commenter cet article