Merveilles de chine (1)

Publié le par TSF36

Il est des petits matins de chine, comme çà, où tout semble possible, où ce qui aurait semblé la veille hautement improbable devient soudain chose naturelle et même inévitable. On sent confusément qu’il va se passer quelque chose et quand çà arrive, on se dit : " Je le savais bien ". Et pourtant on n’en savait rien. Dieu lui-même n’en savait peut-être rien ! Mais, parfois, le hasard, cette force aveugle et sourde qui régit cependant l’univers, fait se croiser les trajectoires incertaines du chineur et des objets longtemps convoités.

Il eût pourtant suffi d’un rien pour que cette heureuse conjonction spatio-temporelle ne se produisît point : une minute d’avance ou de retard d’un côté comme de l’autre, peut-être un grain de sable emporté par le vent, ou le battement d’aile d’un papillon à l’autre bout du monde et les merveilleux objets que je vais te décrire, O lecteur mon frère, tombaient entre les pattes griffues d’un autre chineur…

Quelle somme de petits hasards insignifiants avait-il donc fallu, ce matin là, pour que dans l’avenue des Marins, déjà grouillante de chineurs, je me trouvasse à l’endroit précis et au moment précis où, dans la pénombre incertaine du petit jour, un brave homme extrayait nonchalamment d’une vieille 4 L bleue, parmi des cageots de vaisselle ébréchée et des boîtes de clous rouillés, un petit coffret de bois et d’ébonite où luisaient faiblement des pièces en laiton…

Il faut dire que j’ai un œil sélectif pour la TSF et un odorat bien entraîné à détecter l’odeur de l’ébonite, et il eût été fort étonnant que je ne le visse point. Je m’approchai donc de cet objet qu’il venait de déposer sans précaution particulière sur une bâche en plastique bleu, et à la lumière crue de ma lampe de chineur, je pus l’examiner sous tous les angles. Il ne fallait pas être grand expert pour identifier immédiatement un poste à galène Vitus, recouvert d’une bonne couche de poussière mais complet avec son détecteur et même la galène - qui est au sans-filiste ce que le diamant est à la femme du monde – oui, ami lecteur, une galène grosse comme l’œuf d’un pigeon, scintillant de mille feux dans le faisceau des diodes électroluminescentes. Vision sublime s’il en fut !

 

(à suivre ...)

Publié dans Littérature

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article