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Tout va très bien ...

Publié le par TSF36

Entre deux confinements, avant le couvre-feu, on déambule en ville pour tuer le temps. On marche pour marcher, pour se dégourdir les jambes, pour ne pas rester devant la télé qui nous déprime. Dehors, au moins, on respire, même à travers sa muselière, en se disant que l’oxygène est toujours mieux que l’anxiogène.

On arpente sans but précis une ville fantôme peuplée de bipèdes aux demi visages. On ne peut pas savoir s’ils sont à moitié tristes ou s’ils esquissent un demi-sourire.  Mais on observe une distanciation prudente quand on les croise. Et si on rencontre un bipède connu, on ne se serre plus la pince, a fortiori on ne se fait plus la bise. Ces coutumes du temps jadis ont été abolies. La vie est devenue une mascarade triste.

De temps en temps, on entre dans un magasin, si toutefois la jauge de clients n’est pas atteinte. On vous donne parfois un ticket de comptage, à rendre à la sortie. On respecte scrupuleusement les distances et les flèches au sol qui nous indiquent dans quel sens il faut marcher, car on est des moutons obéissants. On est dans le meilleur des mondes aseptisés avec, partout, de jolies cloisons de plexiglass. Aux caisses on privilégie le paiement sans contact (c’est magique !)  Partout le gel hydroalcoolique à l’odeur capiteuse vous est offert. Ca fait toujours plaisir et ça ne se refuse pas.

Dans les rues piétonnes de la vieille ville, jadis si vivante, restaurants et bistrots ont baissé le rideau de fer, définitivement pour certains. Seuls quelques uns proposent encore du « take away », du « click and collect », affreux anglicismes pas français, ou la livraison à domicile. Très convivial, tout celà ! Seuls quelques bars-tabacs servent encore, dans des gobelets en carton, quelques boissons chaudes que le client ingère tristement, debout et transi, sur le trottoir, mais sans créer d’attroupements sous peine d’être lourdement verbalisés.  Quelques uns achètent des tickets de jeux à gratter qu’ils grattent machinalement dans le vain espoir d’un retour à la normalitude.

Sur l’avenue, passent en haletant quelques livreurs à vélo portant  d’énormes sacs à dos cubiques marqués UberEats ou Deliveroo, pauvres esclaves modernes payés quelques roupies la course avec parfois de maigres pourboires.

L’hiver est froid et humide. Les jours sont gris et courts. Le temps s'immobilise. On assiste, résignés au spectacle désolant d'un monde qui s’effondre .

Mais à part çà, Madame la Marquise ...

Publié dans normalitude

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