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Où va la Chine ?

Publié le par TSF36

Les restaurants chinois ne sont plus ce qu'ils étaient. Pourtant, la Chine est une civilisation multimillénaire qui inspire le respect, une civilisation qui était déjà très évoluée sur le plan gastronomique à l’époque où nos ancêtres les Gaulois s’empiffraient de sangliers sommairement rôtis qu’ils mangeaient avec les doigts, tout en rotant et en racontant des gauloiseries.

Je me souviens des restaurants chinois au siècle dernier. La nourriture y était délicieuse, l’accueil aimable et attentionné. Il n’était pas rare de se voir offrir d’emblée le cocktail maison accompagné de chips de crevettes croustillantes et même le Mei Ku Lu en digestif, servi dans de minuscules tasses de porcelaine laissant voir dans le fond, quand elles étaient pleines, de charmantes créatures asiatiques qui s’évanouissaient une fois la délicieuse liqueur bue. Et il y avait toujours les serviettes chaudes parfumées qui étaient apportées en même temps que l’addition pour s’essuyer les mains. On ne pouvait faire autrement que de laisser un pourboire et on se promettait de revenir. Tout le raffinement de la civilisation chinoise …

Hélas, de nos jours, pousser la porte d’un restaurant chinois relève du défi, ou de l’inconscience. On le sait déjà dès qu’on a pénétré dans les lieux. C’est nickel, certes. Pas de doute, ça a été refait à neuf il y a peu. Le plafond est d’une blancheur immaculée de même que la tapisserie en papier vinyle d’une couleur blanc cassé à la nuance indéterminée. Ca sent encore presque la peinture fraîche et la colle à papier. Il y a bien entendu quelques luminaires chinois de grande série et quelques gravures au mur, mais çà fait vraiment toc dans cette salle purement tourangelle, dont les vastes baies vitrées donnant au sud font largement entrer le soleil de midi. On aurait presque envie de faire demi tour, mais il est trop tard : le maître des lieux, moyennement aimable, vous a déjà assigné votre table. Il faudra boire le calice jusqu’à la lie si on ne veut pas perdre la face.

On parcourt avec résignation le menu sans originalité en sachant bien que, quel que soit le choix, on regrettera toujours de n’avoir pas pris autre chose.

On commande donc des raviolis à la vapeur , ces trucs mous, gluants et translucides contenant une farce insipide et indéterminée que la sauce pimentée aura bien de la peine à rendre savoureux.

Ensuite, les travers de porc grillés à la citronnelle, servis sur une triste feuille de salade grasse et avachie, ont toutefois le mérite d'avoir le goût … de porc (c’est déjà çà). Le riz cantonnais est d’une désolante banalité, avec ses lamelles d’omelette, ses petits pois bien verts et ses miettes de jambon remplaçant économiquement la saucisse épicée qui devrait caractériser un bon riz cantonais. Le quart de rouge ordinaire qu’on a commandé fera néanmoins passer ces nourritures fadasses. " Le quart de rouge, c’est la boisson du garde rouge " chantait le regretté Nino Ferrer …

On décide de terminer sur des kumquats en dessert . Au moins, çà aura du goût, se dit-on. Effectivement, ce sera de loin la chose la plus goûteuse jusqu’alors ingurgitée, même si ce n’est pas de nature à vous élever au pinacle.

Il ne reste plus qu’à demander l’addition. On contemple d’un œil morne le cachet bleu dont la minuscule carafe de rouge ordinaire a estampillé la nappe en papier et on s’acquitte de la douloureuse sans laisser de pourboire. Inutile de s’attarder davantage. On sait qu’on ne reviendra pas. On pousse la porte dans l’autre sens en regrettant amèrement de n’avoir pas fait preuve de plus de clairvoyance et de ne pas avoir opté pour un repas moules frites à quelques mètres de là…

JLF, critique gastronomique berrichon

Comme la méchanceté n'est pas mon fort, et que je déteste dire du mal des petits commerces, je ne dirai donc pas qu’il s’agit du Dragon d’Or à Tours !

Publié dans Gastronomie

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Banc d’essai : l’épouvantail " Chat Noir " marque déposée.

Publié le par TSF36

Avant l’invention du CD, les jardiniers disposaient déjà d'armes de dissuasion évoluées pour empêcher que les méchants oiseaux ne mangeassent les cerises et autres fruits délicieux de leurs jardins et vergers. Je me souviens parfaitement avoir vu dans mon enfance les fameuses têtes de chat dont les yeux de verre ne pouvaient théoriquement que terrifier la gent ailée. Ces fières silhouettes félines qui ne manquaient pas d’allure avaient depuis longtemps déserté les jardins berrichons au profit des galettes argentées et autres objets tout aussi inesthétiques dont le mérite résidait, sinon dans l’efficacité, du moins dans la gratuité.

L’autre jour, à la faveur des hasards de la chine, l’occasion me fut enfin donnée de tester l’épouvantail " Chat Noir " qui n’était plus commercialisé depuis belle lurette. J’eus même la chance inouïe, pour une demi roupie de sansonnet, d’en acquérir un précieux exemplaire encore dans son emballage d’origine. Il est des jours comme chat, où la chance vous sourit (jeu de mots!).

Il faut dire que la description figurant sur ledit emballage ne manquait pas d’arguments pour convaincre les plus sceptiques :

- D’abord, il est silencieux (il ne miaule pas, et aboie encore moins).

- Ses yeux ne sont pas en verre, mais en cristal, ce qui est nettement plus riche et reflète encore mieux la lumière.

- Il est mobile, à condition de le suspendre à un fil et à condition qu’il y ait un tant soit peu de vent.

Pour le tester, je l’ai donc suspendu avec, dans ses crocs, une de ces délicieuses boules de graisse au graines dont raffolent les mésanges. Normalement, pensais-je, les mésanges partagées entre la terreur qu’inspire la terrible silhouette féline et la gourmandise bien tentante de la délicieuse friandise seraient confrontées à un dilemme cornélien...

Or, après quelques minutes de réflexion dans leur petite tête de piaf, elles comprirent vite que le chat était parfaitement inoffensif. Une tête de chat n’est jamais suspendue en l’air, à part quand il s’agit du " Cheshire Cat " d’Alice au Pays des Merveilles, lequel avait également la faculté rare de sourire et de disparaître en ne laissant que son sourire. Mais comme les mésanges n’avaient jamais lu Lewis Caroll, elles n’entrèrent pas dans ces considérations et eurent tôt fait d’atterrir sur la friandise convoitée qu’elles dévorèrent goulûment …

J’en ai donc déduit que cet épouvantail, redoutablement efficace sur le papier, ne tenait pas vraiment ses promesses dans la réalité. J’ai relu le descriptif et j’ai vu, écrit en beaucoup plus petit " qu’il était recommandé de le changer fréquemment de place " Ah, voilà pourquoi çà ne marchait pas, me suis-je dit et c’est alors que j’ai compris comment il fallait l’utiliser : il suffisait de le tenir à la main et de l’agiter dans tous les sens dans les zones qu’on désire protéger. Ainsi, l’efficacité serait absolue …

Quod erat demonstrandum !

 

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Pas gai, mais à méditer.

Publié le par TSF36

Pas bien gai le 11 novembre, surtout quand la grisaille ne laisse pas apparaître le moindre rayon de soleil.

A la TSF, on a bien entendu évoqué la grande boucherie de 14-18. Sur France Inter, Ivan Levai a même eu la bonne idée de nous lire un poème d’Aragon. Je l’ai relu, je l’ai réécouté dans la superbe interprétation de Léo Ferré…

Tu n'en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j'ai vu battre le cœur à nu
Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille

Qu'un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l'ancien Légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

On part Dieu sait pour où Ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu
Quelque part ça commence à n'être plus du jeu
Les bonshommes là-bas attendent la relève

Roule au loin roule train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secoue
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur

Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit
Déjà vous n'êtes plus qu'un nom d'or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s'efface
Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri

 

Bouleversant, ce dernier vers qui résume en 8 mots toute l’absurdité de cette guerre …

L’homme est sans conteste l’animal le plus intelligent de la création, et aussi le plus stupide. Il est capable, par son esprit, de s’élever bien plus haut que les autres animaux, mais aussi de descendre beaucoup plus bas.

Il y a ceux qui ont organisé les grandes boucheries, qui en organisent actuellement ou qui rêvent d’en organiser d’autres encore plus massacrantes. Et il y a aussi les grands hommes capables d’écrire d’aussi belles choses qu’Aragon. Et tant qu’il y aura des artistes, des musiciens, des poètes, tout espoir ne sera pas perdu ...

Publié dans Poésie

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