Eloge de Rochefort

Publié le par TSF36

Rochefort, vu d’avion, est un moule à gaufres, un quadrillage de rues qui se croisent à angles droits, délimitant des pâtés de maisons carrés ou rectangulaires. Normal, c’est une ville nouvelle, enfin datant quand même du XVII ème siècle, construite à un endroit plat où il n’y avait rien. Il y avait seulement l’estuaire de la Charente, mais bien loin de la mer, ce qui en faisait un site idéal et protégé. Il n'en fallait pas plu pour que ce bon Louis XIV et son bras droit préféré, Colbert, décidassent d’y implanter un chantier naval et ensuite d’y construire une ville pour loger tout le personnel militaire et civil. Une cité fonctionnelle à la forme logique, militaire en somme.

Rochefort, vu du sol, ce sont des alignements de maisons presque semblables dépassant rarement les deux étages le long de larges rues perpendiculaires, dont la monotonie est parfois rompue  par des jaillissements de roses trémières prenant source dans le ciment des trottoirs. Ici, pas de feux rouges, mais la priorité à droite est de règle et la vitesse limitée à 30 km/h, donc pas de stress pour l’automobiliste. L’aspect général de la ville avec ses longues perspectives de façades blanchâtres, souvent décrépies serait bien austère s’il n’y avait cette magnifique place Colbert bordée de splendides immeubles beaucoup plus décoratifs que la moyenne rochefortaise. Ces enrichissements de l’architecture d’origine datent du XIX ème et du début du XX ème siècle. On y trouve toute la palette des styles « modernes » du Napoléon III à l’Art déco, mais fort heureusement pas de hideux building !

La Place Colbert (et les quelques rues qui y convergent) constitue le centre de gravité de la ville. Certes, elle a légèrement changé depuis 1966 quand a eu lieu le tournage du chef d’œuvre de Jacques Demy. La fontaine centrale et le dallage géométrique ont disparu, mais les façades n’ont pas bougé d’un pouce, et on s’attend toujours à voir surgir Delphine et Solange  coiffées de leurs inénarrables chapeaux. Il y a maintenant deux brasseries en préfabriqué sur la place, des établissements qui dénotent un peu, et pas très réputés pour la qualité gastronomique, mais c’est tout de même un bonheur de déguster une bière en terrasse de la « Brasserie des Demoiselles » dans un vrai décor de cinéma.

Parmi les curiosités de Rochefort, une des plus curieuse est la Corderie Royale, un bâtiment long de 373 mètres où on fabriquait les cordages de marine (précisément de cette longueur !) Ce bâtiment, long comme un jour sans fin, impossible à photographier en entier, a été parfaitement restauré et mis en valeur. Il abrite la médiathèque, ainsi que de nombreux services et une partie a été reconvertie en musée, dont l’intéressante visite, permet de comprendre (démonstration à l’appui) comment se fabriquaient les cordes de marine.

Quant au chantier de l’Hermione, qui constituait jadis l’attraction majeure de Rochefort, si je n’en ai pas parlé, c’est parce que l’Hermione a pris le large et que désormais, circulez il n’y a plus rien à voir ! Il y a certes un petit port de plaisance, avec des bassins carrés et des ponts levants qui en gardent l’entrée, mais l’ambiance n’est pas très maritime !

L’autre curiosité de Rochefort, c’est la maison de Pierre Loti, extravagant personnage à la fois écrivain et officier de marine. Sa maison, curieusement située rue Pierre Loti, avec sa décoration orientale délirante, n’est hélas plus accessible à la visite et c’est certainement une bonne chose.

Rien, de l’extérieur, ne laisse présager une décoration intérieure aussi délirante. Comme la grotte de Lascaux, ce patrimoine trop fragile était en péril. Des travaux au long cours seront nécessaires pour la préserver et on ne sait même pas si elle sera rouverte un jour au public. En attendant, on peu la visiter virtuellement en 3 D au Musée de la Ville. L’illusion est assez saisissante et les commentaires du guide sont très intéressants. Pierre Loti était vraiment un personnage totalement déjanté,  mais aussi un écrivain de grand talent, dont les œuvres méritent d’être (re)découvertes. On peut d’ailleurs se les procurer à la « Librairie Pierre Loti » dans la rue piétonne !

Ah ! J’allais oublier le Pont Transbordeur qui enjambe la Charente, une construction monumentale et unique en son genre, mais qui actuellement est en travaux. Pour le voir en fonctionnement, il suffit de visionner les premières scènes des « Demoiselles de Rochefort » où il est magnifiquement filmé sous tous les angles. C’était à l’époque un des principaux passages pour accéder à Rochefort. Aujourd’hui, un grand viaduc en béton aux courbes élégantes l’a remplacé dans cette fonction.

Rochefort est une ville très calme, trop calme diront certains, qui vit à l’ombre de son exubérante voisine La Rochelle. A Rochefort, il n’y a pas de restaurants pour touristes, étant donné qu’il n’y a pas de touristes (ou si peu) et un lundi à Rochefort, on risque fort de jeûner faute de restaurant ouvert.

Le contraste avec la Rochelle est saisissant, quand on pense aux terrasses bondées de touristes du Vieux Port. Il est vrai qu’à La Rochelle, il y a la mer !

Il faut néanmoins visiter Rochefort car la ville ne manque pas de charmes pour qui sait ouvrir l’œil et se laisser gagner par son atmosphère particulière qu’a si bien sublimée Jacques Demy en la parant de couleurs vives dans son merveilleux film musical. D’ailleurs, Jacques Demy, à l’instar de Pierre Loti, fait partie  des gloires locales sans qui Rochefort ne serait pas vraiment Rochefort et sans qui on n’aurait pas l’idée loufoque de venir y faire du tourisme !

 

Petite balade à Rochefort, Charente maritime

Publié dans Pays lointains

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