Triple éloge de Saint-Sébastien, San Sebastian et Donostia

Publié le par TSF36

Quand on est berrichon et fier de l’être, on croit qu’on habite le plus beau pays du monde. Néanmoins il est parfois des cas où cette certitude s’estompe, se lézarde, se fissure, se délite, se dissout, voire s’effondre totalement. Comme le disait Pascal, (à moins que ce soit Pierre Dac ?) « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ».

Ainsi donc, la découverte de Saint Sébastien située à quelques encablures seulement de la frontière hexagonale, fut une révélation. Une ville plus belle encore que Châteauroux, Bourges,Vierzon, Méobecq, La Pérouille, Bouesse et Malicornay réunis, une ville où la main du Berrichon a rarement mis le pied, à part quelques intrépides voyageurs, une grande ville qui porte trois noms, un nom français, un nom espagnol et un nom basque ne mérite-t-elle pas moins qu’un triple éloge ?

En fait Donostia n’est pas plus en Espagne qu’en France. Elle est au Pays Basque, enclave transfrontalière, petit pays situé partout et nulle part dont l’identité ne tient qu’à la langue basque, une des langues les plus anciennes et les plus étranges qui soient. Fort heureusement, il n’est pas nécessaire d’emporter avec soi un dictionnaire berrichon-basque quand on va dans ces contrées lointaines, vu que l’espagnol est aussi langue officielle et que le français est bien compris par les autochtones.

Venant de Hendaye, la dernière ville française, avant le grand saut dans l’inconnu, une fois l’invisible frontière officielle passée, seuls quelques détails à peine perceptibles vous montrent qu’on est passé dans un autre espace-temps. Certes l’herbe est aussi verte et les arbres faits du même bois, mais les panneaux de signalisation routière au look inhabituel vous font comprendre qu’on n’est plus vraiment chez nous et que désormais les étrangers, c’est nous.

Et on arrive sans crier gare à Donostia où on s’engouffre dans le premier parking souterrain du centre-ville, étant donné que le Guide du Routard, préconise cette solution coûteuse dans cette grande ville où il ne faut même pas rêver à se garer gratuitement. Mais, au diable l’avarice, ce n’est pas tous les jours qu’on vient faire du tourisme à San Sebastian, la station balnéaire la plus chic d’Espagne et Capitale de la culture européenne 2016.

Ah ! poser le pied dans cette ville longtemps fantasmée, la découvrir, s’y perdre peut-être par une belle journée ensoleillée du mois de Mai, n’est-ce pas cela qu’on appelle le bonheur ?

On se dirige alors vers le « casco viejo » suivant les consignes du Guide du Routard qui est la Sainte Bible du touriste.  En fait le « vieux quartier » qui est le centre de gravité (ou de légèreté ?) du tourisme n’est pas si vieux que çà. Il a été reconstruit au XIX ème siècle et présente une architecture assez régulière avec ses hautes maisons à étages toutes semblables et ses innombrables rues parfaitement perpendiculaires où le soleil ne pénètre jamais.  Au centre de cet entrelacs géométrique, il y a une place splendide, la Plaza de la Constitucion, ceinte d’arcades où s’abritent les terrasses des nombreux bars à tapas. A 9 heures du matin le quartier s’éveille tout doucement. Les services municipaux  nettoient la chaussée à grande eau tandis que les camions ramassent (à grand fracas) les milliers de bouteilles vides de la veille. Car le casco viejo est le centre de la vie nocturne, le quartier où la densité de restaurants et bars à pintxos est la plus élevée au monde ! Il faudra attendre quelques heures pour que le quartier retrouve sa physionomie normale.

Alors, en attendant, la bonne idée consiste à gravir le mont Urgull qui domine la ville et à se rendre au château, dominé par une statue monumentale. Certes, ça grimpe un peu, mais de là-haut la vue est magnifique sur le golfe, sur la plage de la Concha et sur l’île de Santa Clara.

Vers 13 heures, retour dans le casco viejo où les bars à pintxos commencent à se remplir. Signalons à l’intention des berrichons que dans ce pays, les horaires sont décalés et que les coutumes alimentaires sont quelque peu différentes.  Ici, il faut oublier les restaurants où l’on est servi à table et expérimenter le concept des tapas (appelés ici pintxos). Ici, sur les comptoirs des bars, s’étalent aux regards ébahis du touriste une multitude de petites choses appétissantes et colorées. On ne sait pas trop ce que c’est, mais on en choisit quelques uns qui ont l’air sympathiques, on demande un verre de txacoli (vin blanc perlé très sec, typique de la région,  que le serveur vous verse de très haut –comme on verse le thé à la menthe-  dans un verre sans pied pour le faire perler davantage) et on va généralement déguster cela debout dans la rue sur le dessus d’un tonneau. Avec un peu de chance, on trouvera peut-être un tabouret… On ira ensuite dans un autre bar à pintxos, renouveler l’opération jusqu’à plus faim et plus soif. Attention toutefois à la dérive ! Un petit éloge, en passant, pour la Gilda, un des pintxos les plus typiques de Donostia, constitué d’un filet d’anchois, d’un piment et d’une olive assemblés par une pique en bois : simple mais efficace ! Finalement, ce mode de restauration assez dépaysant dans une ambiance souvent bruyante mais sympathique a été très apprécié par Eugène Lemaigre pourtant adepte des grandes tables !

Après ces mets légers et délicieux, rien de tel qu’une petite marche digestive dans le Centro, le quartier chic de la ville afin d’admirer la superbe architecture du XIX ème siècle et de la Belle Epoque. Il y a des grands hôtels majestueux avec des façades tarabiscotées comme à Biarritz, mais ici on a poussé encore plus loin le délire architectural. C’est une profusion de sculptures, de clochetons, de tourelles, de colonnes, d'arches, de mosaïques qu’on peut contempler, à condition de lever le nez. Certains immeubles font même penser à des pièces montées en nougatine dans lesquelles on mordrait volontiers. C’est un pur bonheur pour le photographe.

Un seul bémol pour le Kursaal, une espèce de blockhaus en béton, posé là comme tribut à la modernité au milieu de cette merveilleuse architecture 1900. Donostia, comme Châteauroux a aussi son « hideux building » !

Mais en partant à regret de Donostia, on se dit qu'une petite journée n'a pas suffi pour en explorer  tous les recoins, pour en goûter tous les charmes. Il y a encore bien des choses à voir dans cette ville admirable et débordante de vie.

Ce  ne peut être qu'un au revoir...

 

Saint Sébastien, San Sebastian, Donostia ...

Publié dans Pays lointains

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