A la recherche du rayon vert

Publié le par TSF36

Le rayon vert est un phénomène optique rare qui, dans des circonstances exceptionnelles,  se produit au lever ou au coucher du soleil quand l’astre est encore sous l’horizon.  C’est un point vert émeraude qui ne dure que quelques secondes. Rares sont ceux qui l’ont vu, car il faut un ciel d’une pureté absolue. Pourtant le phénomène existe.

En 1882, Jules Verne écrivit un très beau roman à ce sujet. Selon une légende écossaise, le rayon vert permettrait à ceux qui l’ont observé de voir clair dans leur cœur et dans le cœur des autres. L’héroïne du roman après une longue quête, ne verra jamais le rayon vert. Mais ne comptez pas sur moi pour vous raconter la fin du roman ! Lisez le.

En 1986, Eric Rohmer tourna un très beau film en partie inspiré du roman de Jules Verne, mais cette fois, l’héroïne (et par la même occasion le spectateur du film) voit réellement le rayon vert dans la dernière scène du film en regardant le soleil couchant dans la baie de Saint Jean de Luz. Mais ne comptez pas sur moi pour vous raconter la fin du film ! Regardez le.


Alors, comme Saint Jean de Luz était de toute évidence l’endroit idéal pour espérer voir le rayon vert, j’y suis donc allé.

Venant de Biarritz pourtant si proche, on a l’impression de changer de planète. Ici, pas d’architectures délirantes, pas de constructions extravagantes, mais de belles maisons basques rouges et blanches se reflétant dans les eaux du petit port, une longue promenade de front de mer que vient seulement interrompre une galerie piétonne ouverte sur l’océan. Dans le centre-ville, il y a quelques beaux monuments historiques, la maison Louis XIV, la maison de l’Infante, et surtout l’Eglise Saint Jean Baptiste, une pure merveille avec son retable en bois sculpté et doré, avec ses trois étages de galeries en bois. Il y a aussi des petites rues piétonnes avec de nombreux commerces et de sympathiques restaurants où l’on vous sert des chipirons à la luzienne, spécialité incontournable et délicieuse.

Si on traverse le pont qui enjambe la Nivelle, on se retrouve instantanément à Ciboure et on passe devant la maison natale de Maurice Ravel, curieusement située sur le Quai Maurice Ravel.
On peut y admirer une enfilade de splendides maisons basques tout à fait conformes au style qu’on a déjà vu dans les petits villages à l’intérieur des terres. Il y a aussi une curieuse église au clocher octogonal dans laquelle on peut voir le baptistère de Maurice Ravel, mais où on ne peut pas écouter le Boléro.

Pour en revenir à la raison de ma présence à Saint Jean de Luz,  j’ai eu l’agréable surprise de retrouver, dans la galerie piétonne qui fait face au couchant, la boutique de souvenirs, articles de plage qu’on voit dans le film de Rohmer, une minuscule boutique précisément nommée « Rayon vert ». Certes, depuis 1986, l’enseigne a dû être repeinte mais aucun doute, c’était bien la même boutique que le cinéaste malicieux avait filmée. Je suis entré, sous prétexte d’acheter un souvenir à deux roupies basques, dans l’espoir de recueillir quelques indices. Malheureusement la vendeuse espagnole n’était pas très loquace, ni même francophone, et encore moins cinéphile et tout ce que je pus en tirer, c’était la confirmation qu’il s’agissait bien de la boutique du film. Cela ne m’avançait pas beaucoup, d’autant plus que je le savais déjà. Il me faudrait attendre le coucher du soleil pour être définitivement éclairé. Par bonheur, en septembre le soleil se couche tôt et le spectacle de son coucher sur l’océan attire toujours les photographes amateurs qui pensent faire la photo du siècle.

La journée avait été chaude et estivale, sans un nuage ; mais hélas quelques écharpes brumeuses s’étaient maintenant formées à l’horizon et Phébus n’offrit qu’un spectacle moyen, pour ne pas dire décevant, en disparaissant dans l’Atlantique … Contrairement à l’héroïne de Rohmer, je ne verrais  jamais le fabuleux rayon vert. Peut-être n’en étais-je pas digne ?


Alors, le lendemain, je suis revenu à l’Eglise Saint Jean Baptiste et, moyennant deux roupies basques,  j’ai allumé une veilleuse … verte.

Elle continue à brûler, virtuellement sur nos écrans !

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