Bréhat : une journée au paradis

Publié le par TSF36

De passage à Paimpol, j’ai voulu voir sa célèbre falaise, chantée par Théodore Botrel. Hélas on me dit qu’elle avait été démontée. Alors, sans me démonter, j’ai filé vers la pointe de l’Arcouest et pris la première vedette en direction de l’île de Bréhat, l’ile aux fleurs, que tous les guides décrivent comme paradisiaque.

Poser le pied à Bréhat, c’est comme changer d’univers, entrer dans un espace-temps différent. Les distances n’ont plus la même signification. Le temps s’écoule différemment. L’absence totale d’automobiles y est pour beaucoup. Aller du port à la pointe nord de l’île à pied en passant par d’étroites venelles et en revenir constitue un long voyage.

Si on débarque à Bréhat à marée basse, il faudra parcourir une longue jetée de ciment avant d’arriver au Bourg, la seule agglomération de l’île ressemblant à un village avec sa curieuse église, son cimetière, sa mairie, son office de tourisme et ses quelques boutiques et restaurants à touristes. La place centrale, avec ses terrasses, bordée de palmiers en constitue l’hypercentre. Bréhat est loin d’être une île déserte. Partout il y a des maisons disséminées, parfois bien cachées, dans une végétation luxuriante et presque tropicale en raison du micro climat qui y règne. De jolies petites maisons grises ou roses, surtout résidences secondaires, entourées de fleurs. Ici pas de hideux buildings ! En Avril, certes, on ne verra pas les hortensias ni les agapanthes qui sont les floraisons les plus spectaculaires, mais il y a des buissons de camélias et des magnolias et toutes sortes de fleurs odorantes et non identifiées pour faire patienter.

Pour découvrir l’île, le mieux est encore de s’y perdre, d’aller au hasard des chemins bordés de murets de pierre, de déambuler parmi ce dédale de petites routes étroites où seuls peuvent passer les piétons et les cyclistes. Au gré du hasard, on tombera inévitablement sur les curiosités locales : la chapelle Saint-Michel, le point culminant de l’île, à 30 mètres d’altitude, d’où on a un panorama sublime, la croix de Maudez avec une vue pas mal non plus, le moulin à marée de Birlot parfaitement restauré, le sémaphore, le phare du Rosedo. Mais le lieu à ne pas manquer, c’est l’extrémité nord de l’île avec son phare du Paon. Là, Bréhat prend un aspect totalement différent, un aspect âpre, minéral, tourmenté avec une côte de granit rose très déchiquetée, avec des rochers aux formes étranges et une quasi absence de végétation. C’est le but ultime de la visite de l’île. On n’ira pas plus loin. Il faudra ensuite parcourir 3,5 kms pour rejoindre le port, alors attention à ne pas rater le dernier départ de la vedette sous peine de se retrouver exilé jusqu’au lendemain.

A ce bout du monde, une pause s’impose au Paradis rose. Ce n’est qu’ une modeste baraque à crêpes-buvette au fond d’un beau jardin fleuri. Certes pas un haut lieu de la gastronomie bretonne, mais un endroit sympathique pour se désaltérer par une torride journée d’avril, d’autant plus que c’est la seule buvette de l’île du nord.

Un dernier tour dans le bourg avant de regagner la terre ferme, en se disant qu’on n’a pas fait le tour de toutes les curiosités de cette île paradisiaque, qu’on a raté quelques coins figurant sur le plan gracieusement offert par l’office de tourisme,  et qu’il faudra y revenir un jour. Une pensée compatissante aussi pour les quatre cent « pauvres » îliens qui voient chaque année leur paradis devenir un enfer touristique en juillet et en août.

Eh oui, les lieux touristiques seraient encore plus agréables s’il n’y avait pas de touristes …

Publié dans Pays lointains, Botanique

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